Le doublage en 9 étapes

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Première étape: un distributeur (un "Major" américain par exemple) ou un producteur confie le doublage d'un long métrage à une maison de doublage reconnue. Tout un processus est alors enclenché.

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Deuxième étape : la maison de doublage entreprend le relevé des dialogues à partir d'une copie du film et du script original. La personne responsable du relevé  va repérer sur une bande synchronisée avec l'image chaque début ou fin de phrase, chaque respiration, chaque rire, et surtout chaque labiale prononcée par l'acteur dans la version originale (les b, les m, les p). C'est une règle d'or: À chaque labiale de la langue originale, doit correspondre une labiale en français, mais pas nécessairement la même.

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Troisième étape : la maison de doublage engage un adaptateur qui va traduire les dialogues du film à partir de la bande contenant le relevé synchronisé avec l'image. L'adaptateur pourra se référer au script original du film pour accomplir sa tâche. L'adaptation est un travail délicat qui constitue la pierre angulaire d'un bon doublage. Respect du synchronisme, structures de phrases, niveau de langue, choix du vocabulaire, références culturelles quelquefois intraduisibles ne sont que quelques-uns des défis qui se posent à l'adaptateur. C'est ici que se font les premiers choix artistiques, souvent en étroite collaboration avec le représentant du client.

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Quatrième étape : la maison de doublage engage un directeur de plateau dont le rôle consiste à choisir les comédiens qui prêteront leur voix aux interprètes originaux, et à les diriger en studio. Parfois, adaptateurs et directeurs de plateau cumulent les deux fonctions, mais pas nécessairement.

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Cinquième étape : le film maintenant traduit est découpé en boucles. Une boucle est un court extrait de scène d'une durée d'environ 15 à 60 secondes. Le dialogue, traduit par l'adaptateur, va maintenant être calligraphié sur la "bande rythmo". La bande rythmo est un peu la portée musicale que devront interpréter les comédiens-doubleurs. Il s'agit d'une pellicule transparente que l'on va projeter sur un écran en la synchronisant avec l'image. Sur la bande rythmo, chaque boucle est numérotée et les changements de plans y sont identifiés. Tout un ensemble de codes distincts y est inscrit, chacun ayant une signification précise: inspirations et expirations par la bouche ou le nez, ouvertures et fermetures de bouche, rires, cris, toux, baisers, etc. Les comédiens-doubleurs, tout en interprétant leur rôle respectif, devront ponctuer leur jeu en tenant compte de ces indications. Depuis le début des années 2000, la bande rythmo numérique est maintenant utilisée, et le travail est exécuté sur ordinateurs.

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Sixième étape : une grille de travail est rédigée. C'est une liste où figurent le numéro des boucles, le nom des personnages qui en font partie, ainsi que le nombre de "lignes" de dialogues associés à chacun des personnages. C'est à partir de cette grille et en tenant compte des disponibilités des comédiens choisis et du studio d'enregistrement que sera élaboré un "plan de travail". Cet exercice délicat est parfois exécuté par le directeur de plateau, mais le plus souvent, il est confié à des pigistes ou des personnes spécialisées œuvrant pour les maisons de doublage.

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Septième étape : l'enregistrement en studio avec les comédiens. C'est évidemment une étape cruciale, et sa réussite dépend en partie de la qualité du travail effectué par tous les collaborateurs qui se sont succédé jusqu'ici. Étant donné les délais rapides dans lesquels ils sont convoqués, et à cause de la paranoïa des « Majors » à divulguer quelque information que ce soit, les comédiens n'ont pas lu le script original et n'ont généralement pas eu le loisir de visionner le film. De plus, les scènes ne sont presque jamais enregistrées par ordre chronologique.

L'enregistrement d'une scène comporte un certain rituel. Le visionnement de la boucle en version originale est suivi d'une première lecture enregistrée qui servira de référence. Le directeur de plateau donne alors ses consignes aux comédiens, afin de les guider dans les nuances de leur jeu. Des modifications au texte sont souvent apportées. On réenregistre la boucle (en tout ou en partie) jusqu'à ce que le directeur de plateau, l'ingénieur de son et les comédiens soient satisfaits.

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Huitième étape : le recalage. Une fois l'enregistrement de toutes les voix terminé, on procède alors à un visionnement complet du film avec le recaleur et le technicien responsable du mixage. Le recaleur peut, avec les techniques actuelles, contribuer à améliorer le synchronisme. Son travail doit s'inscrire dans la continuité de ce que le directeur de plateau a tenté d'obtenir lors de l'enregistrement des dialogues. Et il doit fournir au responsable du mixage la meilleure bande-son possible pour ce qui constituera l'étape finale...

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La neuvième et dernière étape : le mixage. Chaque piste de dialogue est alors calibrée en y incorporant la bande-son internationale qui contient la musique et les effets sonores. On appelle communément cette bande "M & E" pour "Music and Effects". L'ingénieur de son responsable du mixage se servira de la version originale comme critère de référence.

Le film sera ensuite soumis à la censure afin d'y recevoir son identification et son visa, puis les copies finales seront produites sur pellicule dans des laboratoires sophistiqués, et expédiées dans les salles de cinéma.

Entre le moment où une maison de doublage reçoit une commande, et la journée où le film prend l'affiche en version française, trois à cinq semaines seulement se sont écoulées...